En parallèle à son travail de peintre, Garouste apprend l’hébreu et se plonge dans l’étude des textes sacrés : « La constante dans mon attitude, c’est l’idée du retour aux sources, aux mythes fondateurs. Qu’y a-t-il derrière ces mythes ? C’est ce que j’essaie de savoir », a-t-il confié au magazine Connaissance des Arts. « J’ai trouvé au plus profond de moi, de ma honte, des choses que je pense universelles. J’ai démonté les textes et les catéchismes, j’ai voulu briser le moule qui a modelé et rendu passif notre regard, j’ai pris à bras le corps la religion, elle a envahi mes toiles, mes coups de folie qui bien souvent se sont terminés sur des parvis d’église ou de cathédrale. J’aurais pu l’ignorer, rejoindre les athées éclairés de ma génération, mais j’ai voulu prouver qu’elle se trompait, qu’elle avait fait des ravages dans la tête des hommes, à commencer par celle de mon père à qui j’aurais tant voulu parler. J’ai peut-être fait une œuvre en forme de circonstance atténuante. »

À contre-courant, Garouste prend donc la question religieuse à bras le corps et ce n’est pas juste une image. Un dialogue permanent entre l’écrit et le pictural, entre symboles et connaissance universelle, un dialogue qui réinterprète et se remodèle physiquement à travers le corps du peintre. 

Dans «L’étudiant »,  Garouste se représente un livre à la main, portant un âne qui peut être interprété comme la sagesse. Il fait face à un autre personnage. Son double ? L'étudiant à bonnet d'âne qui est peut-être mauvais élève a la main droite surdimensionnée et tendue vers le "professeur'' mais cette attitude d'ouverture est contredite par ses pieds tournés dans l'autre sens... ce n'est pas si facile de se défaire des idées reçues. Il y a dans ce tableau la notion de labeur, de recherche, d’apprentissage permanent. Porter l'âne est un moteur qui fait avancer mais aussi un poids. Dans «L'ânesse et les figues», Garouste se représente contorsionné dans une posture impossible : à genou, les mains dans le dos il tient un livre ouvert. La connaissance et là mais sait-on la voir et la comprendre ? L'ânesse en tout cas se marre...

L'étudiant-2007

L'ânesse et les figues

On aime à repérer le visage surreprésenté du peintre et à le suivre dans ses déambulations même s’il n’est pas toujours facile d’en décrypter le sens. Qu’importe ! Fou, messager, voyeur, ange, déguisé en Don Quichotte, en Tintin ou métamorphosé, ce qui est certain c’est qu’on n’a qu’une envie : le suivre en chemin.