Je ne me lancerai pas ici sur le lien entre traumatisme de l’histoire familiale et folie. Michel Onfray le fait surement mieux que moi dans L'Apiculteur et les Indiens : La peinture de Gérard Garouste (que je lirai aussi). Diagnostiqué bipolaire, Gérard Garouste a été interné à plusieurs reprises en hôpital psychiatrique. De graves phases de dépression alternent dans la vie du peintre avec des phases d’exaltation exacerbée. Voici l’histoire du magnifique « Chartres » :

 « Un dimanche. Je devais aller à la gare de Dreux pour chercher une journaliste avec qui j'avais rendez-vous. J'ai pris ma voiture mais au lieu de Dreux, je me suis retrouvé  à Chartres. Avant d'entrer dans la ville je me suis arrêté dans un cimetière. J'ai cherché ma tombe. A Chartres, j'ai jeté mes clés, mes papiers d'identité et je suis entré dans la cathédrale. Il y avait un mariage. Je me suis dirigé vers la chapelle où se trouve une vierge noire. Au passage j'ai cueilli tous les cierges allumés, que j'ai brisés au nez des fidèles. Je me suis appliqué à marcher sur le labyrinthe, de manière méthodique, en bousculant les chaises au passage. Quand je me suis approché de la mariée, j'ai senti que les gens commençaient à s'inquiéter.  En sortant, j'ai croisé la police qui venait me chercher mais elle ne m'a pas vu. Le soir j'ai été interné. Je n'ai pas dit mon nom.»

Garouste a les bras qui poussent et la tête qui a glissé au niveau du genou. Son corps a perdu le contrôle, la mariée au loin s’affole. Pour moi, la grande force des tableaux de Garouste tient dans cet équilibre subtil entre inquiétude et empathie. Il a beau se contorsionner en monstre, Garouste nous happe sans agressivité. Son art ne me parait pas être celui de la déraison ni celui de la revanche. Son art exprime un état extrême. Ses tableaux racontent des moments intenses, très concentrés en émotions. Mais au-delà du récit (ici son "pétage de plombs" à Chartres), il existe une autre dimension, celle des références universelles comme les textes sacrés que le peintre réinterprète bien loin des poncifs et des lieux communs habituellement attachés à la religion. 

Garouste est aussi un animal mystique qui remonte le courant pour atteindre la source.

Chartres-2007