En revanche, si j’avais senti que ce nom n’était pas anodin, j’étais loin d’en imaginer la raison… Ce n’est qu’au retour de l’exposition que quelques recherches sur Internet m’ont appris la vérité. Garouste en parle très librement notamment dans son autobiographie L’intranquille (dont je n’ai lue que des extraits). Il explique que son père, Henri Garouste, était un pétainiste et un antisémite notoire qui a prospéré sous le régime de Vichy en récupérant plusieurs entreprises spoliées à des Juifs dont les Meubles Lévitan. J’ai aussi découvert que les magasins Lévitan situés au 85/87 rue du Faubourg Saint-Martin avaient été transformés en camp par les nazis, le Lager-Ost. Des internés transférés de Drancy y triaient les objets spoliés aux juifs parisiens : meubles, vaisselles, linge de maison etc. C’est dire si Henri Garouste a dû côtoyer l’horreur de près. Pourtant, après guerre, l’homme n’en démordra pas et l’épuration ne fera qu’exciter sa haine. Obligé suite à un procès de rembourser les Meubles Lévitan au propriétaire initial revenu de l’étranger, Henri créé Garouste Père et fils, Ameublement-décoration-installation… 

Gérard nait en 1946 dans l’atmosphère pesante de l’après-guerre. Élevé dans un « catholicisme étouffant », il sera envoyé à 11 ans en pensionnat, « heureusement » dit-il. C’est ce qui lui permet d’échapper, un peu, à l’emprise paternelle. Mauvais élève et rêveur, Gérard ne se destine pas à une carrière dans l’ameublement mais au seul domaine dans lequel il excelle vraiment, l’art de peindre et de dessiner. 

Caved-2007 (combat avec son père)