En continuant vers la droite, les trois œuvres en céramique de Caroline Smit claquent sur les panneaux noirs de l’exposition, tant par la luisance et les couleurs vives de la céramique que par la force des figures qu’elles présentent.

Silver tears,Caroline Smit

Silver tears, Caroline Smit

Silver tears représente une femme assise sur ses genoux, jambes légèrement écartées qui relèvent ses cheveux renversés sur son visage, de ses yeux et de sa bouche sortent des larmes couleur argent. Dans un style tendance Art Déco, Caroline Smit revisite la figure de la pleureuse avec beauté et force. Un peu plus loin, son Red baby with guns est une sorte de gros bébé joufflu réalisé en entrelacs rouges, des sortes de “spaghettis“ agglomérés. Alors qu’il fait une grimace hideuse, il tient dans ses mains deux pistolets. L’image est surprenante. Entre la pleureuse et le bébé, comme un lien secret, une tête de renne ou de cerf aplati (ces animaux semblent récurrents dans l’exposition) posé sur le côté, est vidé de la vie qui l’animait.

J'ai froid, Gilbert PeyreJ’ai froid, Gilbert Peyre

En parlant de bestiole à corne, je vais enfin à la rencontre de celle de J’ai froid de Gilbert Peyre, grand manitou de l’animation mécanico-poético-ludico-fantastique. C’est un drôle de personnage réalisé avec une tête-trophée de renne ou de cerf, un manteau de fourrure taille enfant et des jambes métalliques aux pieds de sabot. Ce personnage, suspendu par un mécanisme qui le fait avancer, marche sur un circuit fermé comme un circuit de voiture électrique et a toujours froid…

La momie de Louis Pons, à gauche de l’entrée, représente, lui, un corps embaumé entouré d’objets divers, des combinés de téléphone, un balai…, qui, tout comme les objets des rites funéraires égyptiens, accompagnent le défunt dans l’au-delà.  

Comme une effigie à l’entrée d’un château d’un conte fantastique, la plastique parfaite d’une alien qui s’abreuve de son propre lait nourricier grâce à un tuyau qui sort de son sein nous accueille dans l’univers de Hans Ruedi Giger.

Animatronic Sculpture, HR Giger

Animatronic sculpture, HR Giger, 1995

Mais avant d’y plonger, je reste un long moment devant The Wings de l’artiste engagé qui vit et travaille à Séoul, Chui Xooxing. C’est l’une des plus belles œuvres de l’exposition. Ces mains qui se touchent, s’enserrent les une dans les autres pour former des ailes sont bouleversantes. Intuitivement, l’œuvre évoque le collectif, quelque chose de la solidarité d’une chaine humaine qui permet l’envol. 

The wings, Chui Xooxing

The wings, Chui Xooxing

Emergeantes du noir, les œuvres de Hans Ruedi Giger, sont exposées au fond de l’espace là où, faut-t-il le rappeler ?, “personne ne vous entendra hurler“.

Alien, Ridley Scott

Affiche du film, Alien, le 8e passager, de Ridley Scott, 1979

Me retrouver en face à face avec ces êtres mythiques qui ont servi de modèle à l’Alien de Ridley Scott, un film que j’ai vu quand j’avais 13 ans, me procure un certain frisson. L’univers graphique que l’artiste suisse explore sans fin dans ses dessins et dans ses modélisations 3D est un univers clos, obsessionnel où la laideur est érigée en beauté, un enfer “magnifié“. 

HR Giger

L'univers graphique et Birth machine baby, HR Giger

Birth machine baby, HR GigerJe suis restée un moment à contempler le Birth machine baby, dont la tenue militaire vient contredire l’apparente sérénité et sa position quasi fœtale. L’enfant accroupi dans une sorte de capsule semble prêt à nous bondir dessus. Mais, juste à côté un Guardian Angel, un alien ailé en fer rouillé, veille…

En quittant le rez-de-chaussée, il me semble que je tourne le dos à une force obscure laissée en héritage aux artistes exposés, dans la lignée de Bruegel l’Ancien, de Jérôme Bosch, de Johann Heinrich Fussili, de Frida Kahlo ou encore d’Otto Dix… Une lignée qui résonne aussi joliment avec le romantisme noir actuellement mis en exergue au Musée d’Orsay avec l’exposition L’ange du Bizarre.