Autoportrait devant la maisonAutoportrait devant la maison, coll.privée

Certains artistes sont investis d’une mission de transmission. Ils portent en eux un message dont ils sont des ambassadeurs infatigables. Ils n’ont d’autre choix que s’envoler et de porter ce message au-delà, en le déclinant avec une infinité de variations comme un long poème dont la dernière strophe ne s’écrira qu’avec le dernier souffle du poète.

Il me semble que Marc Chagall est de ceux-là.

Chagall est un “homme de l’air“ (le “luftmensch“ en yiddish de “luft“ qui signifie air et de “mensch“ qui signifie homme), de ceux qui ont un grand pouvoir sur les choses de l’esprit et de l’impalpable. Ce don prend sa source dans l’émerveillement de l’enfance, sans cesse ressuscitée. Grâce à cette expressivité presque enfantine et à une grande virtuosité, Chagall a  insufflé à la couleur des pouvoirs magiques.

Chagall vient d’une communauté juive d’une région de Russie qui a gagné son indépendance en 1990 pour devenir la Biélorussie. Dans cette région, la communauté juive pratiquait une approche populaire et sensible du judaïsme, l’Hassidisme, dont il existe plusieurs variantes. Dans un esprit communautaire très fort, les hassidiques exaltent la joie et l’amour de Dieu par la musique, les chants et la danse. Cette célébration du merveilleux était une réponse spirituelle aux misères de la vie matérielle, aux discriminations et aux pogroms.

Ce monde chaleureux que le jeune homme a quitté pour devenir peintre est celui que le peintre ne cessera de célébrer, puis de commémorer après la dévastation de la Seconde Guerre Mondiale. Un monde que Chagall a transformé en effigie de l’amour universel et qu’il a transmis à l’humanité, en héritage.