Dans la deuxième partie, je vous ai déjà parlé de l’installation de Yayoi Kusama (les pois) et des autoportraits de Bryan Lewis Saunders. Mais, pour finir, je voudrais vous parler d’une œuvre étonnante tant par la forme qu’elle prend que par le récit de l’expérience vécue.

Il s’agit du projet Le voyage en Iboga du duo Art Orienté Objet de Marion Laval-Jeantet et de Benoit Mangin. Ces deux artistes sont partis au Gabon vivre un rite d’initiation dans une société secrète. Pour ce faire, ils ont avalé de l’iboga, une plante hallucinogène censée ouvrir les portes de la conscience. Une photographie de la séance, sans doute au début du processus, montre les deux français assis au milieu des autres initiés, grimés de peinture. Cette même photographie est reportée dans une sorte de lanterne magique qui tourne au son d’une musique lancinante… je me dis mouais, sans vraiment y porter attention.

Puis, dans la pièce suivante, je m’arrête devant une œuvre surprenante : un lit à baldaquin en métal tout simple, sans tissu ni moustiquaire, dont le matelas est percé de petits arbustes rouges, délicats comme du corail. Ces organes fragiles sont protégés par des cloches en verre transparents mais sous le matelas, ils se sont liquéfiés en flaques de sang. Des néons tourbillonnent au-dessus du matelas comme des éclats d’énergie échappés des organes. Je ne fais pas toute de suite le lien, mais je m’assois et je mets à mes oreilles le casque accroché à côté de l’œuvre. Marion Laval-Jeantet y raconte son expérience tantôt en rapportant la parole du maître de cérémonie “Vous ne serez bientôt plus vous-mêmes… vous allez passer de l’autre côté…“ tantôt en se remémorant ses sensations “doucement, la vision se trouble…“. Je regarde l'œuvre en écoutant le récit... ah, oui, je comprends mieux... la violence de l'effet de l'iboga est impressionante et le récit de l'expérience est un morceau de bravoure, un sacré témoignage, qui donne un relief saisissant aux trois pièces du duo Art Orienté Objet. Cette utilisation de la drogue comme instrument de recherche spirituelle ou "chamanique" montre une autre facette des substances psychotropes et a le mérite d’élargir le débat.

D’ailleurs le lendemain, j’apprends dans Le Parisien, qu’un homme arrêté à l’aéroport de Roissy est accusé de pratiques sectaires et de trafic illégal d’iboga, une plante considérée en France comme un stupéfiant.

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