Les têtes transparentes de Francis Picabia semblent explorer la sensation de diffraction du temps provoquée par la drogue. C’est comme si les dessins superposés des visages au fusain préfiguraient les effets de type kaléidoscope des films des années 60 et 70 si typiques de l’esthétique psychédélique.

Têtes transparentes, F

Les têtes transparentes, Francis Picabia

Un effet à rapprocher aussi des dessins d'Arnulf Rainer réalisés sous l’effet de substances hallucinogènes dans les années 60. L’autoportrait Pfff ! qui fait partie de la série Faces Farces,  est une photographie en noir et blanc métamorphosée par des traits de couleurs qui semblent emprisonner le visage dans un filet.

Pfff !! Arnulf Rainer

Pfff ! , Arnulf Rainer

L’autoportrait prend une place singulière dans le voyage intérieur et expérimental des artistes. Dans la deuxième partie de l’exposition la série des autoportraits de Bryan Lewis Saunders est une tentative de montrer une transformation intérieure par une métamorphose extérieure. En 2001, Bryan Lewis Saunders, qui s’astreint à se portraiturer au moins une fois par jour, décide pendant quelques semaines d’explorer les effets de substances altérant sa conscience. Dans la fiche qui accompagne l’accrochage, je découvre que l’artiste a aussi bien avalé des sels de bain, des bouteilles de sirop contre la toux que les substances illicites d’usage.

Autoportraits, Saunders

Autoportraits, Bryan Lewis Saunders

Dans la lignée d’Aldous Huxley qui raconte son expérience de prise de mescaline dans les Portes de la Perception (1954), Henri Michaux et Jean-Jacques Lebel ont expérimenté et dessiné sous l’emprise de psychotropes de façon méthodique, voire scientifique, pour tenter de trouver une nouvelle expression, et peut-être une nouvelle vérité.

Plus loin, sont exposées des œuvres créées avec les rebuts de la drogue : Herman de Vries avec la cendre de son joint dans les Ashes of Joy ou Pommereulle avec la lame de rasoir des lignes de cocaïne plantée dans la toile d’un tableau, en écho à la performance que l’artiste réalisa en 1966 qui permettait au public de tester des drogues. Cette lame de rasoir m’évoque la fin d’une époque et un point de rupture dans la scénographie de l’exposition.

Vient ensuite la diffusion du film de Ben Russell qui a filmé en plan fixe le visage d’une femme sous LSD, une sorte de sas, avant que la page ne se tourne définitivement pour aborder une vision plus réaliste, plus crue et plus glauque de la drogue.