Ludus est un terme latin qui veut dire jouer et qui rappelle que l’esprit punk est aussi furieusement hédoniste : atteindre une liberté absolue et jouir sans entrave… C’est le nom du groupe de rock fondé en 1978 par Linder et Ian Devine et qui survivra sporadiquement jusqu’en 1983 (ce qui n’est pas le cas des Sex Pistols qui s’autodétruiront). Les très beaux tirages en noir et blanc grands formats de la première partie de l’exposition  proviennent d’une pochette intérieure de la cassette du EP Pickpocket (1981), appelée SheShe : un montage de photos de Linder associé à quelques-unes des phrases extraites de ses chansons.  

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J’en suis désolée, je n’ai jamais écouté la musique de Linder, je ne peux donc pas commenter là-dessus. D’ailleurs une petite installation avec écouteurs aurait été la bienvenue pour découvrir cet EP (Petit rappel de l'ère musicale pré-numérique : EP = extended play, trop long pour être un single, trop court pour être un LP, un long play, ou album). 

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Quelque fut le message à l’époque, aujourd’hui c’est l’esthétique très glamour des photographies de Birrer qui frappe avant tout. Ces photographies où Linder est savamment mise en scène sont aussi la preuve éclatante de la manière dont l'esthétique de l'époque a été récupérée par la publicité.

Au centre de l’exposition, derrière une vitrine qui expose des masques réalisées avec des porte-jarretelles au goût plus que douteux, vous découvirez un extrait de film d’un des concerts de Ludus, et pas n’importe lequel. Il s’agit de celui donné en 1982 à l’Hacienda de Manchester, salle mythique de la scène punk-rock anglaise.

Linder arrive sur scène dans un justaucorps à fine bretelles et une large jupe en tulle noire, type jupe de ballerine. Sur le haut, on distingue des décorations, des sortes de filaments plus clairs accrochés au justaucorps : il s’agit en fait de morceaux de viande récupérés dans les poubelles d’un restaurant chinois… Linder, végétarienne, veut dénoncer la maltraitance animale… mais d’une manière bien plus trash que ne l’a fait Brigitte Bardot ! Linder s’époumone en poussant des cris orgasmiques après avoir arraché sa jupe pour découvrir le godemiché porté en bas. L’association viande et sexe male – que Linder réduit à un jouet – est répercutée dans la salle de concert où sont distribuées des morceaux de viande crus emballés dans des revues pornographiques… Elle raconte que les gens ont reculé de plusieurs mètres et qu’il y eut peu d’applaudissements… elle s’adressait pourtant à un public averti. 

Nous ne voyons que sa performance avec la distance créée par le film. Alors, que dire ? Shocking ? Yes, it is, of course… mais il faut reconnaître que la dame marque un point : le meurtre de masse que subissent les animaux et l’asservissement de la femme via les images pornographiques sont bien plus violents qu'une petite provocation d'un soir. De plus, par un tour de force qui semble la caractériser, elle réussit à garder une certaine distinction : une performance dans la performance, en quelque sorte.