Fin des années 60 en France, on est encore dans l’insouciance des “30 glorieuses“ : c’est le plein emploi, le yé-yé, la libération sexuelle et on vient de faire la révolution… En Angleterre, les Swinging sixties  se terminent dans la désillusion. Londres, de 1966 à 1970, est la ville de tous les excès, la fraicheur en moins. La musique plus expérimentale, plus névrosée s’éloigne de la pop joyeuse. Pour couronner le tout, en 1970, les Beatles se séparent. Dans le nord du pays, à Manchester, à Liverpool, à Birmingham la jeunesse est confrontée à une grave récession économique qui va sonner le glas des industries minières, portuaires, sidérurgiques et automobiles…Surfant sur les injustices sociales et les différences de classes qui refont surface une extrême droite tente une percée (tiens ?!) alors qu’une politique de rigueur sèche les aides publiques. On ne croit plus au bonheur pour tous et dans le Nord de l’Angleterre, on est bien loin du California Dreaming

Les jeunes des quartiers défavorisés écoutent du reggae et du ska auprès de la communauté jamaïcaine immigrée et adoptent une tenue working class (prolétarienne) qui veut se distinguer des hippies : cheveux courts et Doc Martens. Apparait aussi toute une attitude de la débrouille baptisée le Do it yourself ou D.I.Y. C’est dans un esprit anticonsumériste tourné vers une autre forme de vie et d’échanges qu’émergent des groupes de rock, des stylistes, des artistes. Se prenant soi-même comme objet d’exploration, chacun cherche à échapper à une destinée prédéterminée par la classe sociale, par l’origine ou par le genre. 

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Photo prise par Linder dans une boîte homosexuelle de Manchester

Dans la même mouvance sombre que le Wild America d’Iggy Pop (les Stooges), apparait en Angleterre le Heavy Metal avec des groupes comme  Deep Purple (en 1968 !), Led Zeppelin et Black Sabbath… bientôt suivie d’une petite sœur, le glam rock avec une touche nettement plus pailletée et clownesque (T Rex, Slade…). David Bowie, très proche de l’univers nihiliste, androgyne et dandy de la Velvet Underground américaine explose en 1972 avec son album-manifeste The Rise and Fall of Ziggy Stardust and The Spiders From Mars un univers musical très personnel mais qui a absorbé toutes les tendances du moment.

Le punk britannique est là balbutiant, protéiforme, une mouvance underground qui se veut primitive, anticonsumériste, antibourgeois et qui va se cristalliser autour d’un groupe qu’on ne présente plus : les Sex Pistols.  

Sex Pistols

C’est Malcolm Mac Lauren qui a lancé le groupe en travaillant leur look avec sa compagne, Vivienne Westwood avec qui il a ouvert une boutique en 1971, Let it rock.  La boutique londonienne connaîtra plusieurs noms dont Too fast to live too young to die et englobera plusieurs styles des Teddy Boys aux tenues détournées de pratiques sadomasochistes : épingles à nourrice, latex, vêtements cousus de fermetures éclairs… C’est d’ailleurs là que Linda Mulvey achète son premier pantalon bondage créant la sensation à son retour à Manchester. La provocation outrancière des Sex Pistols fait immédiatement scandale et Anarchy in the U.K  sorti en 1976 marque la naissance officielle du punk britannique. Linda a 22 ans. 

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