Il est 10h00, les portes monumentales du Musée d’Art Moderne s’ouvrent sur la rétrospective d’une des plus importantes figures de la scène punk anglaise…

Ce qui frappe d’emblée dans l’exposition, c’est l’affiliation artistique que Linder maîtrise parfaitement. Me reviennent en mémoire les poèmes-objets d’Apollinaire, et surtout les photomontages des dadaïstes : 

Calligramme ApollinaireAffiche DadaCalligramme, 1915                         Affiche, Heartfield & Grosz, 1920

Justement, Linder, de son vrai nom Linda Mulvey, a choisi ce nom d’artiste à consonance allemande en hommage à l’artiste dadaïste et pacifiste, John Heartfield. Helmut Herzfelde s’était rebaptisé avec un nom à consonance anglaise pour protester contre le nationalisme allemand pendant la Première Guerre Mondiale. Germanité que Linder a voulue aussi en référence aux artistes comme Gorges Grosz et Otto Dix, les fondateurs de la Nouvelle Objectivité dont les œuvres annonçaient l’apocalypse du IIIe Reich. 

Otto Dix - Sylvia von Harden

Portrait de la journaliste Sylvia von Harden, Otto Dix, 1926 

Finalement, Dali et son surréalisme ne sont pas loin : Dans l’extase, la rose et le bifteck s’unissent dans la représentation molle de la chair humaine qui trouble les sens et fait rêver“ 

Femmes fleur

Linder, photomontages

Chez Linder, l’extase, les fleurs et l’exhibition de la chair, voire de la viande, sont omniprésentes, drôles, outrageantes et pour finir déroutantes... Linder est une artiste-performeuse multiple – elle se considère elle-même comme un objet trouvé – contestataire et féministe qui joue sur une frontière ambivalente toute proche du mauvais gout.

La provocation dont elle est capable – et il faut en être capable ! – fait écho à une époque furieuse qui l’a vue naître sur le plan artistique. J’y (re)plonge (en 1974, je n’avais que 7 ans…) donc avec intérêt, mettant le doigt dans un bouillonnement culturel plus complexe qu’il n’y parait au premier abord…