Les portraits sont réduits à une expression, une posture qui les caractérise avec une virtuosité d’autant plus remarquable que les ondulations et les trémolos de couleurs si reconnaissables apparentent plus les figures à l’expression du peintre qu’à celle du modèle … et pourtant, cette petite fille qui nous fixe de ses billes noires offre un magnifique morceau d’humanité. Posée sur un fauteuil au siège rouge qui se détache dramatiquement du fond noir, la petite fille en robe blanche est peinte en plongée, ce qui accentue le tassement et la petitesse du modèle. 

La petite fille à la poupée

La petite fille à la poupée, vers 1919

Juste un instant de tranquillité avec sa poupée, sa plus belle robe avant de retourner à ses occupations. Ces morceaux de nature, vivants et morts, ces morceaux d’humanité nous secouent, nous retournent alors qu’ils semblent à peine prendre le temps de se poser. Dans le tableau Déchéance, Soutine a saisi la vie qui palpite encore, mais plus pour longtemps, sous la chair décharnée de l’épaule dénudé de la dame. Si le portrait est sans concession, l’œuvre du temps est inéluctable ! il est aussi emprunt d’une immense tendresse.

Déchéance

Déchéance,1920-1921

Soutine, un peintre de la chair qui s’employa avant tout à peindre la vie avec un fort appétit pour les couleurs et la matière,  bien loin des clichés de peintre du glauque que j’avais en tête avant de visiter l’exposition !

Et pour finir en beauté, le couple sculpté par Rodin, dont un exemplaire se trouve juste devant l'Orangerie : un baiser éternel...

Crowley - le baiser

Le baiser, Rodin, 1889