Autoportrait au rideau

Autoportrait au rideau, 1917

Il est à parier que le geste artistique de Chaïm Soutine fut d’abord impulsif, vital. Comment expliquer autrement la force trouvée par le jeune homme pour s’élever au-dessus des chemins boueux de son shtetl natal du fin-fond de la Biélorussie, dans cette Zone de Résidence pour les Juifs de Russie où la misère était grande et les pogroms nombreux ? A quel moment s’est-il senti possédé par l’envie de dessiner, quelles images ont pu l’inspirer dans un monde dominé par le Talmud ? Destiné à devenir tailleur comme son père, c’est après avoir passé le concours des beaux-arts de Vilna, qu’il suit un ami, Michel Kikoïne, à Paris, en 1913.  Paris, à la veille de la Première Guerre Mondiale est un aimant qui attire l'avant-garde de toute l’Europe. A Montparnasse, un lieu, la Ruche, accueille les exilés sans le sou comme lui, Chagall ou Modigliani…  Soutine terrassé toute sa vie par de terribles douleurs abdominales, rencontrera le succès dans les années 20 grâce au soutien de collectionneurs éclairés, mais la Seconde Guerre Mondiale le condamnera de nouveau à l’errance et c’est traqué en tant que juif qu’il succombera à son ulcère, en 1943, à l’âge de 50 ans.

Voilà pour une biographie express, histoire de remettre le bonhomme dans son contexte. L'omniprésence de la religion, l’antisémitisme russe, l’exil à Paris, la Première Guerre Mondiale à laquelle il ne participe pas (engagé volontaire il est réformé à cause de sa santé fragile, tout comme Modigliani), Montparnasse, la Ruche et la vie de bohême aux contours alcoolisés, les années folles et le succès, la crise des années 30 puis les terreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Une période tourmentée, une vie courte.