Le 21 janvier 2013 me parait être une date toute autant séduisante qu’une autre pour commencer mon blog. D’abord, c’est tout nouveau tout beau, une date au mois de janvier car c’est encore l’année qui commence.  Il fait un froid de canard. Une neige épaisse a recouvert les Jardins des Tuileries. En souliers aux semelles lisses comme des patins, non pas à glace mais de ceux qui servent pour lustrer les parquets, j’ai godillé nerveusement de droite à gauche, pour atteindre le Musée de l'Orangerie. Mon objectif était de ne pas rater le dernier jour de l’exposition consacrée à Chaïm Soutine.

En chemin, j'ai croisé un canard médusé devant l'eau gelée de son étang, des mouettes en panique, un bonhomme de neige grimpant à un arbre... 

Crowley - canard Crowley - mouettesCrowley - bonhomme

... et de "belles bêtes" en talons très très hauts, échappées du défilé Dior et poursuivies par des nuées de photographes:

Crowley - femme

C'est mon jour de chance !

Non seulement j'arrive entière du Musée de l'Orangerie, mais de plus, il n'y a presque pas de queue. Mon billet en poche, je n’ai pas résisté à l’envie de retourner voir les Nymphéas, dans les deux salles ovales. Assise sur le banc central, j’ai laissé les couleurs m’envahir. L’immersion sensorielle est totale et l’émotion intacte. L’adéquation entre la disposition des salles, leurs formes ovales et les panneaux de nymphéas qui se suivent dans une parfaite harmonie est si évidente qu’on oublie de se demander pourquoi et comment cela a été possible…

L'Orangerie édifiée en 1852 abritait une culture d’orangers, comme son nom l’indique, puis servit à divers évènements sportifs et autres. C’est au XXe siècle que le bâtiment allait se transformer en un lieu unique, dédié à une œuvre. Tout commence par une rencontre, comme toujours. Georges Clemenceau, homme politique, admire et soutient depuis longtemps Claude Monet. Né à un an d’écart, les deux hommes sont de la même génération et se sont liés d’amitié. Monet vit retranché à Giverny où il a construit un jardin idéal alors que Clemenceau mène une lutte jusqu’au-boutiste pour que la France sorte victorieuse de la guerre. En 1917, à l’âge de 76 ans, il devient Président du Conseil. Dans le même temps, le “père la victoire“  se bat pour que l’Orangerie devienne l’écrin de l’œuvre ultime du maître impressionniste. Monet réalise dans son immense atelier à Giverny les panneaux pour les futures salles de l’Orangerie, créées sur mesure pour lui. L’aboutissement du travail de toute une vie prend tout son sens dans le legs que Monet fait à la Nation, le lendemain de l’armistice. Le peintre oppose à la barbarie de la guerre la beauté de la nature : un hymne à la vie et un emblème de paix qui n’aurait pas été possible sans la ténacité de l’homme de guerre.

Un processus créatif à deux têtes – opposées –  qui  fait du Musée de l'Orangerie un lieu unique.